Archives départementales de Saône-et-Loire
Département de Saône-et-Loire
Le front

Le front

De l'été 1915 à l'hiver 1918, Jean connaîtra l'épreuve du feu dans les tranchées d'Artois puis celles des Flandres, de la Somme et d'Alsace.


Le départ

Le départ

Le 29 novembre 1914, Jean quitte Bourges, siège du 8ème corps d’Armée et du 95èmeRégiment d’Infanterie, où sa famille réside, au 24 rue Bourbonnoux. 

Celà cause un grand chagrin à Maman et nous ennuie beaucoup ; cependant nous espérons toujours qu’il n’ira pas sur la ligne de mitraille.

Deux jours avant, le sergent Déléage avait reçu son certificat d'aptitude à l'emploi de chef de section.
Il défile avec la troupe rue Moyenne, artère principale de la ville et lieu de représentation des grands événements. 

Cf. commande illustration situation : Le départ de Jean de Bourges
Légende de l'illustration "Il est parti il y a à peine 1 heure et nous allons les voir défiler,
Rue Moyenne." 

 Lettre d'André du 27 novembre 1914 (avec vue lettre du 27 novembre)

Ajout du 29 novembre à la lettre du 27 novembre 1914

Bourges, une ville de garnison et un centre industriel d'armement "La Pyro" pendant la première guerre mondiale

Fiche matricule militaire de Jean Déléage

Certificat d'aptitude de chef de section


Dans les pas de Jean Déléage

Dans les pas de Jean Déléage

Carte du front ouest provenant du site du mémorial du Hartzmanwillerkopf http://www.memorial-hwk.eu/
  • Eté 1915 - novembre 1915 : en Artois, dans les tranchées près de Pressy-les-Pernes, Neuville-Saint-Vaast et Habarcq en tant que sergent et chef d'une section territoriale de 120 hommes au sein du 295ème RI. Le 24 novembre 1915, il est nommé secrétaire d'un colonel au sein de la Compagnie Hors-Rang de son Régiment stationnée à Mareuil.
  • 6 janvier 1916 - 13 juin 1916 : dans les Flandres, au Château de Steenbourg au sud de Steene, en Belgique, à Het-Sas au nord d'Ypres et West-Vleteren.
  • 14 juin 1916 - 30 janvier 1917 : dans la Somme, au sud d'Amiens puis près de Chaulnes et Chilly.
  • 12 mars 1917 au 8 janvier 1918 : en Alsace, près de Masevaux. En janvier 1918, il est officiellement démobilisé.

Le Journal de marche des opérations du 295e Régiment d'Infanterie

du 5 juillet au 18 novembre 1915 (JMO 26 N 742/2)

du 19 novembre 1915 au 31 décembre 1916 (JMO 26 N 742/3)

du 1er janvier au 31 décembre 1917 (JMO 26 N 742/4)

Soldat en train d'écrire, 1916. Dessinateur, Pierre Perrin né le 11 novembre 1888 à Rigny-sur-Arroux (Saône-et-Loire)

La vie du poilu

La vie du poilu

Illustration en surimpression : silhouette de Jean en uniforme


Une nouvelle vie

Une nouvelle vie

Carte postale de Pernes le 15 juillet 1915

pour Jean que celle du poilu alternant les phases de cantonnement, de tranchées, de repos

Agé de plus de 35 ans, Jean est dans la « Territoriale ». Sa section composée de 120 hommes est en charge de travaux de terrassements, de creusement, d’entretien des tranchées. 

Le 11 juillet 1915, après un voyage en train la nuit, Jean arrive à destination dans un village « plutôt sâle », loin du front annonce-t-il. Il s’agit du dépôt de passage de Pernes dont il envoie une carte postale à Louise le 15 juillet.

Il s’installe avec sa compagnie à Pressy-lès-Pernes à « 20 km de la ligne de feu » (lettre du 14 juillet 1915).  Il loue une chambre chez un instituteur, pour s’assurer des temps de vie hors de la promiscuité du cantonnement et plus confortables. Il y fait la chasse aux rats 2 à 3 fois par nuit mais « c’est un petit paradis en comparaison de la grange ou j’aurais couché ; j’y suis tranquille, seul, pour me recueillir, penser à vous, vous suivre par la pensée et dormir ; je souhaite de la garder longtemps ».

Extrait de l'enregistrement du spectacle de la compagnie Par Monts et Merveilles, "Les Déléage", enregistré en 2015 à Tournus. 

A chaque changement d’affectation, la question épineuse du logement se pose et il peut alors compter sur la solidarité, l’esprit de corps de ses collègues enseignants.
Le 21 juillet, un mois après son arrivée, Jean ignore encore la date de sa première montée aux tranchées. Un mois plus tard, il participe à la 3ème bataille de l’Artois : Souchez, plateau de Lorette, Neuville-Saint-Vaast… 

La 3ème bataille de l’Artois, article des Archives du Pas-de-Calais


Découverte d'un nouveau monde

Découverte d'un nouveau monde

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De la vie au front, des " choses de guerre ", des troupes coloniales...

Jean s’adresse à ses enfants et décrit son arrivée dans cet autre monde de manière très imagée et sur le ton de la découverte, de l’insolite, du gigantisme, de l’aspect « moderne ».

Aussi il énumère tout ce qui l’étonne et l’impressionne : le matériel militaire : les automitrailleuses, le camouflage, les trains blindés, les gros canons, les cuisines roulantes, les troupes coloniales avec des scènes teintées d’exotisme :

« J’ai vu aussi des Indiens à cheval, leur chef était un riche rajah couvert de vêtements d’or, monté sur un cheval dont la bride et les étriers etaient en or, la selle en cuir rouge et tout le harnachement recouvert de soie ; ce cavalier était splendide et très brave paraît-il.

Mais les plus hardis cavaliers ce sont nos Marocains, tout habillés de jaune, assis sur de grandes selles qui leur arrivent jusqu’au milieu du dos, et dont les petits chevaux savent marcher debout sur les pattes de derrière au sont d’une mélopée traînante et grave. »

Lettre de Jean aux enfants et à Louise, le 27 juillet 1915

Les troupes indiennes sur le front de l’Artois : article de Jean-Yves le Maner


Lettre du 27 juillet 1915 enregistrée par la Maison du Patrimoine oral d'Anost en 2014.

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Au cantonnement

Au cantonnement

Lettre du 16 août 1915 (6 Ech) à Pressy

Entre écriture, lectures, exercices militaires, conférences mais aussi les repas, la manille au café, Jean décrit par le menu ce qui fait sa vie au cantonnement.

Lettre du 16 août 1915 à Pressy : Dimanche type de Jean à Pressy avec une virée à Pernes pour récupérer les précieuses lettres.

Le 16 août 1915.

Ma chère Petite,

[…] La journée d’hier, dimanche, a été assez monotone et vide ; lever à 7 heures, déjeuner d’un peu de « jus » avec une tranche de vieux pain un peu moisi, surveillance de vagues corvées de nettoyage, flâneries et bavardage avec des camarades, puis 10 heures arrivent et c’est la soupe. On fait durer le plaisir, on cause bruyamment sans rien dire de transcendant ni même d’intéressant faute d’interlocuteur ; arrive l’heure de la manille, où pendant 2 heures on taquine la dame de pique en sirotant de vagues « fourdraines » (liqueur rouge à base de prunelles), et je quitte l’estaminet enfumé et bruyant qui n’a rien d’un vrai café ; mais je constate que beaucoup y restent, non seulement pour jouer mais pour boire, et que pas mal de poilus sont devenus plus ou moins alcooliques dans les tranchées. […]

Donc 2 heures sont arrivées ; que faire ? Je vais lire, étendu sur mon lit, un roman douçâtre (mon Amie, par Jacques des Gachons), si fade que je m’endors et qu’ainsi je gagne 4 heures ; vite, je prends mes cliques et mes claques et je me rends à Pernes où le vaguemestre vient d’arriver ; comme c’est un instituteur du Cher, j’ai chez lui mes grandes et mes petites entrées, je fouille dans ses grands sacs de correspondance et fais main basse sur 2 lettres dont l’écriture et l’enveloppe me sont bien connues. Une rapide poignée de main,

« et me voilà seul dans un chemin creux ; alors c’est le bon moment : je commence par la tienne du 13 et continue par celle de mes petits, je lis lentement, avec le sourire, je relis encore ; puis je vous regarde vivre, les yeux perdus dans le lointain, le visage animé comme si nous étions ensemble ; le retour à Pressy est très lent, très doux. »

Puis l’ambiance me ressaisit, nouvelle soupe, renouveau de vacarme, deuxième voyage à Pernes pour chercher les journaux et « semer » les manilleurs, longue lecture à la lumière d’une bougie, et enfin mon bon lit semble me faire signe : il grince un peu, le traversin est trop large, mais il est moelleux et les draps sont nets. Et voilà un dimanche de plus ! C’est le 6eme que je passe ainsi, et je suis parmi les plus heureux des 3 ou 4 millions de mobilisés ; j’en ai bien conscience, et il faut te le dire souvent afin de calmer tes inquiétudes.

Dessins de Jean Perrin sur les activités en cantonnement (GC 008) : FRAD071_008_04_056.jpg (lecture)Dessins de Jean Perrin sur les activités en cantonnement (GC 008) : FRAD071_008_04_063.jpg (la manille)Dessins de Jean Perrin sur les activités en cantonnement (GC 008) : FRAD071_008_04_079.jpg (écriture, lecture)Dessins de Jean Perrin sur les activités en cantonnement (GC 008) : FRAD071_008_04_113.jpg (tatouage)Dessins de Jean Perrin sur les activités en cantonnement (GC 008) : FRAD071_008_04_082Dessins de Jean Perrin sur les activités en cantonnement (GC 008) : FRAD071_008_04_119Dessins de Jean Perrin sur les activités en cantonnement (GC 008) : FRAD071_008_04_259

Dans les tranchées

Dans les tranchées

Dans les tranchées : " l'invraissemblable vie de troglodytes, de taupes "

" L'invraissemblable vie de troglodytes, de taupes "

Le 22 août 1915 : 1ère lettre des tranchées

En septembre, octobre et début novembre 1915 Jean est périodiquement dans les tranchées parfois même à des postes très exposés.

Dimanche, 22 août 1915.

Ma chère Amie,

Voici la première lettre que je t’écris de la tranchée ; nous y sommes arrivés cette nuit vers 11 heures ; et comme il faisait beau et que les Boches ne tiraient pas, la relève s’est faite assez vite. Nous avons mis 1 heure à parcourir les boyaux ; ceux-ci sont très sinueux, profonds d’environ 2 mètres, boisés en certains endroits comme une galerie de mine, et le fond est partout recouvert d’un solide plancher : la marche y est pénible, mais moins que je m’y attendais.- Ma compagnie va passer ces 4 jours en réserve ; elle est blottie dans les "abris-cavernes" ; ce sont des galeries abritées par 3 mètresde terre sur plafond et toutes étayées avec de gros rondins ;


" Un affreux désert "

" Un affreux désert "

Assaut, Philippe Guerry, huile sur toile 61/50 2012

Paysage et équipement

Lettre du 27 septembre 1915

A l’approche de la ligne de feu, Jean adresse une lettre à son fils André et affirme ainsi leur relation de confiance. Il décrit à son “cher grand garçon” sa situation : sa mine, la promiscuité dans les boyaux « nous sommes là des centaines, tellement entassés qu’il est impossible de déplacer un pied sans précaution », les conditions matérielles d’attente, l’ambiance sonore “l’énorme grondement des canons”, le passage des blessés "leurs vêtements ne sont qu'un tas de boue ; leurs pansements sanglants et leur mine épuisée disent assez ce qu'ils ont vu et fait.

Pour finir avec une description saisissante du paysage, « de l’affreux désert », imprégné de mort et de son équipement sommaire anti gaz asphyxiants.

Poème de Martin Le Billard

Philippe Guerry, artiste peintre

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Lundi 27 [7bre] [abréviation : septembre] 1915.

Mon cher grand garçon,

C’est à toi que ma lettre d’aujourd’hui s’adresse, afin de te montrer que je pense souvent à toi et que je te crois déjà capable de me comprendre.

Si tu me voyais en ce moment, tu serais bien surpris ; je suis sâle et boueux, avec une barbe de 8 jours, et une peau crasseuse depuis 3 jours. Tu me verrais assis au fond d’un immense boyau qui longe une grande route ; nous sommes là des centaines, tellement entassés qu’il est impossible de déplacer un pied sans précaution ; pour sièges, nous avons des herbes sèches arrachées au talus de la route ; pour coussins, nos sacs et nos musettes ; pour toits, nos toiles de tentes fixées par des moyens de fortune ; les soldats dorment, rient ou jouent aux cartes, sans paraître rougir à ce qui les entoure[nt][barré]. Pourtant des blessés, à pied ou en voiture, passent sans discontinuer à 2 mètres devant nous…


Comment on nourrit les poilus

Comment on nourrit les poilus

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Lettre du 10 octobre 1915 de Jean à André

Jean raconte comme une épopée à André, curieux de connaître les conditions de vie de son père, comment les repas des poilus sont préparés et arrivent jusqu’aux tranchées. 

« Donc il faut, de toute nécessité, que nos repas soient préparés au loin et apportés la nuit.

Les nôtres sont cuits à 10 kilomètres d’ici,10 Km tu entends bien. Pour cela, on se sert de cuisines roulantes.

Donc, « après bien des périls » la machine arrive au commencement des boyaux ; il faut bien qu’elle s’arrête là. Elle y rencontre ce que nous appelons « la corvée de soupe » ; ce sont des hommes chargés, à raison de 2 par escouade, d’apporter les vivres jusqu’à la tranchée.

"Je vais t’expliquer avec précision comment on nourrit les soldats aux tranchées...."
Lectures théâtralisées Déléage en novembre 2012, au lycée Bonaparte d’Autun 

Comme pour mettre à distance les dangers encourus et l’omniprésence de la mort, dans les lettres adressées à son fils, Jean choisit un ton très descriptif et très pédagogique.

Les distributions de nourriture (collections photographiques de Laurent Pensa)

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Guynemer

Guynemer

Guynemer, l'as des as, « Source gallica.bnf.fr / BnF »

Lettre du 23 septembre 1916 "3 avions boches abattus en moins de 5 minutes !"
Ce 23 septembre 1916, Jean se trouve dans les tranchées dans la Somme. ll rend compte en direct d'un combat d’avions dont le héros se révèle être Guynemer. 

Lettres du 22 juin 1916 et du 23 juin 1916
Déjà en juin 1916, Jean relate une victoire de Guynemer et durant cet été 1916, il souligne l’importance grandissante de l’aviation, cette nouvelle arme, dans le conflit.
Les poilus assistent à ces joutes aériennes qui marquent leurs esprits.

 

Ainsi, Edouard Legros du 295ème RI se souvient lui aussi de cet épisode quand il écrit ses souvenirs après la guerre (p.19)

Journal de marche au 26 Juin 1916

Expérience pédagogique : l'aviation pendant la 1ère guerre mondiale, Académie de Reims

Guynemer, l'As des As par Georges Thomas, 1917

Pionniers de l'aviation, Arch.dép. 71


La violence et la mort

La violence et la mort


En Artois : l'épreuve du feu

En Artois : l'épreuve du feu

Soldat écrivant à la bougie. Dessin de Pierre Perrin

Eté 1915 – 24 novembre 1915

Dans les lettres, Jean décrit ce qu’il voit : les tranchées, les paysages dévastés…, entend : le tonnerre, la mitraille, la marmitade..., ressent : la présence du danger et de la mort.
Louise est visiblement très bouleversée et angoissée. Elle compense en écrivant souvent et en faisant des colis à son mari pour améliorer son quotidien.

Journal de marche du 295e RI à partir du 10 juillet 1915 (26 N 742/2)


La Grande guerre en Artois, conférence des Archives nationales


Les croix de bois

Les croix de bois

Illustration de couverture des Croix de bois, auteur : Jean Gabriel Daragnès, 1919. Source gallica.bnf.fr / BnF

 

“ Ta délicieuse lettre m’a touché et j’ai respiré le parfum de ton œillet en même temps que le souffle de ton cou si tendre ; grand merci, ma tant aimée ! Hélas, je n’ai pas d’œillet ni aucune fleur à t’envoyer : nos parapets de tranchées sont trop ravagés pour que rien y pousse.

Si, il y a poussé quelque chose, ce sont des croix, des croix de bois toutes petites et bien humbles,

avec à peine un nom dessus ; elles sont là depuis 2 mois, et déjà la mitraille en a emporté quelques unes, de sorte que les braves qu’elles abritaient sont irrévocablement entrés dans le néant. Je passe et repasse souvent devant elles, car elles bordent notre boyau, et chaque fois j’envois un salut muet à ces dépouilles qui conservent la dernière paix grâce à nos fusils. D’ailleurs cette idée n’est pas triste, quoi que tu puisses en penser au premier abord ; ce voisinage des tombes nous devient familier, presque doux ; les vieux poilus les voient à peine et elle ne les incitent même pas à la prudence. ”

Ce voisinage des tombes nous devient familier, presque doux.

Lettre du 24 août 1915

Un univers sonore restitué dans le film Les croix de bois de Raymond Bernard (1932) : "Filmer la guerre à hauteur d'homme"

Voir la bande-annonce de la version restaurée et la biographie de l'auteur du roman : Roland Dorgelès


Le labyrinthe

Le labyrinthe

Lettre du 29 septembre 1915

Lettre du 29 septembre 1915

Jean écrit à Louise alors qu’il connaît un des épisodes les plus dangereux et les plus frappants de sa campagne. C’est sa première expérience des tranchées, en contact direct avec les horreurs de la guerre. Il vit, voit et décrit le visage de cette guerre près d’Arras, dans le dénommé « labyrinthe ».

Ils sont alors chargés de remettre en état les tranchées reprises aux Allemands. Pour la première fois Jean parle alors de cadavres et de morts.

« Je suis depuis ce matin dans des tranchées conquisesdepuis2 jours, l’ensemble de ces tranchées et boyaux forme un véritable « labyrinthe », où j’ai erré 3 heures cette nuit, absolument perdu. »

« elles sont parsemées de cadavres français et allemands ; sans presque me déranger j’en compte bien 20 figés dans les attitudes les plus macabres. Ce voisinage n’est pas encore nauséabond, mais il fait tout de même mal aux yeux » 

Lettre choisie par le groupe de jazz OZMA pour le photos-concert « Regards 14-18 »


Une journée terrible

Une journée terrible

Carte-lettre du 11 octobre 1915

Carte-lettre du 11 octobre 1915

Ce lundi 11 octobre 1915 à 7 heures du soir, Jean prend le temps de griffonner au crayon de papier au dos d’une carte-lettre militaire pour relater la « journée terrible » qu’il vient de vivre.

« Autour de ma seule cagnat, dans un rayon de 20 mètres, il est tombé plus de 200 obus presque tous de gros calibre ; elle a tenu bon, mais elle tremblait comme une vitre aux coups de tonnerre ; nous étions là blottis une dizaine qui avons vécu des heures de véritable angoisse. »

Cette journée du 11 octobre est vraiment un choc, si bien que Jean souhaite que Louise en soit informée directement par un permissionnaire, M. Bigot, de Bourges et en garde en guise de souvenir une fusée de 105 qu’il souhaite faire monter en encrier.


...dans ma mémoire aussi longtemps que je vivrai.

...dans ma mémoire aussi longtemps que je vivrai.

Lettre du 13 octobre 1915

Lettre du 13 octobre 1915

Arrivé en 2ème ligne, Jean écrit une deuxième lettre à Louise pour confier ses impressions sur ce jour qui « restera dans ma mémoire aussi longtemps que je vivrai. »

Déluge de projectiles, de mitraille, épais nuage de fumée âcre, tir de barrage d’une violence folle, « pas un de nous qui n’ait tremblé, sous les explosions énormes qui nous entouraient plusieurs fois par minute… L’effet moral de ces « marmitades » est énorme, les soldats sont ahuris et presque stupides.

Un univers sonore restitué dans le film Les croix de bois de Raymond Bernard.

Pour ce jour « mémorable », Jean sera cité à l’ordre de son Régiment le 11 juillet 1917 comme « Excellent serviteur, consciencieux et dévoué, s’est particulièrement distingué à l’attaque du 11 octobre 1915 en maintenant en ligne sa section sous un violent bombardement. Croix de guerre. Etoile de Bronze.


" La guerre des paperasses "

" La guerre des paperasses "

Le 24 novembre 1915, Jean annonce « J’ai pris mes nouvelles fonctions ce matin ; donc fin à tes dernières inquiétudes ». Il est nommé secrétaire du colonel.

Lettre du 24 novembre 1915 

Commence alors une période beaucoup plus tranquille, moins dangereuse pour Jean et aussi dans des conditions matérielles moins difficiles, il demande d’ailleurs à Louise de ne plus lui envoyer de colis de victuailles car il mange « en popotte et chaud » mais de lui envoyer de quoi écrire, son stylographe, se raser…

Louise est apaisée, elle reprend goût à la vie et se préparer pour le retour de son mari devient son « unique préoccupation ».

Lettre du 25 novembre 1915

Jean devient alors pour un temps « spectateur », analyste de la situation et plaint ses camarades qui vont aux tranchées. Lors des pluies des 5 et 6 décembre 1915 vers Mareuil, il décrit la boue, la glue qui rend très difficile la relève, provoquant même la noyade de certains.

Lettres des 5 et 6 décembre 1915

Jean écrit n’être « plus aucunement à plaindre », Il mange bien, a de bons camarades, plus cultivés, se fait à l’art de la paperasse… mais indique sous le ton de la boutade que cela ne doit pas pour autant le faire baisser dans la tendresse de Louise !

Lettre du 30 novembre 1915


La grande période de repos

La grande période de repos

Dans les Flandres du 6 janvier au 23 février 1916

Au château de Steenbourg (Steene), près de Bergues, Jean dit faire « la guerre des paperasses » (lettre du 16 janvier 1916), notre vie continue « sans intérêt ni incident » (lettre du 15 janvier 1916).

Avec sa 58e Division rattachée au 36e Corps d’armée, chargé de défendre la région de Dunkerque (lettre du 25 janvier 1916).

Jean visite Dunkerque, Malo-les-Bains.

Voit pour la première fois la mer (lettre du 25 janvier 1916) :

Dire qu’il aura fallu la guerre pour que je vois la mer ! Ironie des choses !

Illustration en surimpression : silhouette de Jean en uniforme