Lugny-lès-Charolles
Lugny-lès-Charolles
Après avoir longé le Canal du Centre en 1940, la ligne de démarcation est décalée de quelques kilomètres en zone non occupée.
La ligne de démarcation, qui vient de Poisson et de Nochize, traverse la commune la partageant en deux puis se poursuit vers Champlécy.
J’avais eu une permission des Chantiers de Jeunesse dans le sud-ouest en 1940 pour venir chez mes parents. Je n’avais pas de laissez-passer mais j’ai pu traverser la ligne pour rejoindre la ferme familiale sans problème car je connaissais les chemins. Il y avait même des poteaux de bois, rouges et noirs, dans les prés pour symboliser la frontière, je me souviens bien de celui vers le transformateur du bas. Ensuite, c’est ma sœur Lucienne qui s’occupait des laissez-passer : elle allait à la Kommandantur de Paray tous les mois mais parfois elle revenait bredouille car les Allemands n’avaient pas voulu les donner. On habitait une ferme en zone occupée et nos prés étaient en zone libre ! Il fallait bien emmener les vaches au pré. On passait en vélo, à pied et parfois en char. Des fois, des Allemands se cachaient dans les bois et sortaient vite : Halt papier !
Témoignage de Jean Thériaud recueilli en 2007 par Sébastien Joly
Mon père avait obtenu un laissez-passer pour aller ferrer des chevaux à Hautefond. Il passait souvent dans la selle de son vélo des courriers et des documents. Il la dévissait, roulait les papiers et les glissait dans le tube. Il passait aussi, de nuit, des gens, dans le bois de Lugny car il connaissait bien l’endroit. Moi, j’allais à Paray en train depuis la gare. Une fois, on s’est fait fouiller par les Allemands. J’ai eu bien peur, normal pour un gamin comme moi alors que nos papiers étaient en règle…
Témoignage de Pierre Chambreuil sur son père François, recueilli en 2007, par Sébastien Joly
Les enfants des hameaux de la Collange et de Pancemont sur Nochize et du Breuil sur Lugny devaient passer la ligne, matin et soir, pour aller à l’école en zone non occupée. A pied, en sabots et en blouse noire, on récupérait les autres camarades en route et on passait vers la maison Duret à l’angle du bois du Buisson où un écriteau mentionnait la ligne de démarcation. Parfois, les patrouilles allemandes contrôlaient nos cartables et fouillaient nos livres et cahiers. Il est même arrivé qu’ils ouvrent nos gamelles de soupe pour inspecter l’intérieur !
Témoignage de Suzanne Lorton née Guillemin, recueilli en 2012, par Jean Lauvernier
J’habitais avec mes parents au Brûlé. Une partie de notre ferme, un fournier dans la cour, a été réquisitionné par les Allemands pour en faire un poste de contrôle et la ligne traversait notre cour ! Les Allemands me prêtaient parfois leurs fusils déchargés pour m’amuser dans la cour. A un Noël, les Allemands m’ont offert une orange et du chocolat. Fier de mes cadeaux, je les ai ramenés à la cuisine où ma mère furieuse m’a confisqué le tout et a tout brûlé dans le poêle !
Témoignage de Roger Monnet, recueilli en 2007, par Sébastien Joly
Les Allemands avaient fait placer sur le pignon de la ferme des Brûlés une boîte aux lettres avec un cahier où les patrouilles inscrivaient leurs noms avec l’heure de passage. Il suffisait donc de regarder ce cahier pour savoir si la patrouille était déjà passée dans le secteur, ainsi la voie était libre !
Mon père a fait passer des personnes en bicyclette sur lequel il avait un panier où il cachait du courrier. Il apportait notamment ce courrier secret en gare de Paray.
Témoignage de Bernard de Grammont sur son père Antoine-Pierre, recueilli en 2007, par Sébastien Joly
Inauguration
Le 17 mai 2025, l’association des Combattants Volontaires de la Résistance inaugurait un pupitre et des poteaux gravés sur une nouvelle commune dans le Charolais : Lugny-lès-Charolles.