Poisson
Poisson
La ligne de démarcation, après avoir traversé Varenne-Reuillon, passe par la commune de Poisson avant de rejoindre Nochize et Lugny-lès-Charolles.
Elle sépare alors la commune en deux, au lieu-dit « Les Petits Michelets », où une barrière allemande coupe la route avec la présence d’une guérite pour d’éventuelles fouilles.
La ligne était aux Petits Michelets. Elle était gardée par deux Allemands qui n’échangeaient pas beaucoup avec la population. J’ai passé la ligne quelques fois, j’avais un laissez-passer et je n’ai jamais été fouillée. Au chemin de la Croix rouge, il y avait deux Français qui gardaient la barrière côté zone non occupée, ils étaient chargés de lutter contre le marché noir mais ils ne fouillaient pas les habitants. Moi, j’habitais en zone libre à la Brosse.
Un soir, je suis partie avec mon père à la tombée de la nuit de chez des voisins après les vendanges. En rentrant, on a entendu des bruits de pas sur la route. On a cru que c’était une patrouille allemande même si ce n’était pas son secteur. On a coupé vite fait à travers les prés et les buissons pour les éviter sans savoir finalement qui c’était…
Témoignage de Mathilde Grillet, recueilli en 2021 par Sébastien Joly et Jacqueline Miniau
Alors que son mari est prisonnier de guerre en Allemagne, Angèle Lamanthe doit s’occuper de sa fille Jacqueline, née en 1939. Elle obtient un laissez-passer lui permettant de quitter la zone non occupée de Poisson, par le poste allemand des Petits Michelets, pour rejoindre son lieu de travail à Paray-le-Monial.
Ma mère passait la ligne tous les matins et tous les soirs pour son travail. Ses allées et venues fréquentes sont repérées par Joseph Fimbel, un Alsacien réfugié sur la commune qui commence à s’engager en Résistance. Elle effectue alors de nombreux passages et des missions pour lui. Connaissant très bien la géographie du coin, ma mère évitait les patrouilles allemandes et le poste des Michelets, préférant passer par le Bois des Aisances et la route des Sablons avec des lettres et des colis cachés dans les sacoches de son vélo.
Un jour, ma mère a eu un rendez-vous dans le bois des Aisances. Un cycliste arrive, chargé d’une remorque remplie de bois sur laquelle est assisse une fillette. A cette époque, tout le monde se chauffait au bois et il était de coutume de récupérer le bois mort en forêt. Ni une ni deux, le bois et la fillette sont déchargés pour laisser apparaitre des colis cachés qui finissent dans les sacoches de ma mère, qui revient ensuite rapidement à Poisson. Ont-ils échangé un mot ?
Ma mère fait passer au total une trentaine de personnes par les bois. Elle ne connaissait pas leur identité, elle les récupérait à Paray et devait les guider jusqu’à la zone libre. Un jour, après un passage, un couple offre un gobelet d’argent à ma mère pour la remercier en précisant que c’est pour sa fille… Ma mère, pendant plusieurs jours, est restée dans l’inquiétude. Comment ces gens savaient-ils qu’elle avait une fille ? Si jamais ces gens étaient arrêtés, ils auraient pu dénoncer leur passeuse…
Témoignage de Jacqueline Miniau sur sa mère, recueilli en 2010 et en 2019 par Sébastien Joly
Après la suppression de la ligne de démarcation, Angèle Lamanthe poursuit des actions de Résistance au côté de Joseph Fimbel, résistant, en occupant le rôle d’agent de liaison.
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, Joseph Fimbel demande à Angèle Lamanthe d’échanger leurs maisons pour des raisons de sécurité. Joseph loge donc dans la maison de la Bruyère chez Angèle. Angèle et sa fille Jacqueline rejoignent la maison Fimbel des Nicolins où les attendent la femme de Joseph et ses deux enfants.
Au cours de la nuit, les agents de la Gestapo de Paray-le-Monial encerclent la maison de la Bruyère où est enfermé Joseph. Des coups de feu sont échangés : trois Allemands et Joseph Fimbel sont tués. Cette opération de répression, menée sur dénonciation, se poursuit à la maison des Nicolins où les deux femmes sont violentées contre le puits de la cour puis arrêtées sous les yeux des trois enfants, qui restent enfermés dans la maison jusqu’au petit matin.
Après avoir été emprisonnées à Chalon-sur-Saône et à Romainville, Lina Fimbel et Angèle Lamanthe sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück où elles survivent aux conditions de vie difficiles, au manque de nourriture et aux coups.
Inauguration
Le 30 septembre 2023, le pupitre explicatif a été inauguré en présence d’un public nombreux. Les enfants de l’école ont chanté la Marseillaise avec le Chœur des Hommes donnant une touche d’émotion à la cérémonie.